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Aux actes, citoyens !

Prenez neuf personnes dans la rue autour de vous. Sur ces dix personnes, vous êtes (peut-être) la seule qui ait encore confiance dans les responsables politiques du pays. Eh bien vous avez tort, et ce sont les neuf autres qui ont raison.

Le constat est net et se généralise : l’ensemble des institutions et des responsables politiques perd la confiance du peuple. Trop de promesses, pas assez de résultats. Ce sont les mots des Français, repris par les élus pour s’en indigner et appeler au changement. Mais ceux qui s’en indignent au lieu de tout faire pour changer maintiennent cet état de fait. Ils croient encore qu’on ne peut être élu qu’en vendant du rêve. Mais ceux qui vendent du rêve infantilisent le peuple français, lui dénient toute responsabilité, en font un peuple d’écervelés incapable de s’autodéterminer. C’est pourtant tout le contraire de ce que sont les Français, et certains élus ont le cruel défaut de passer à côté de cette évidence.

Il n’échappe plus à personne aujourd’hui qu’il est inutile de promettre. Le rêve ne se vend plus. Les élus manquent d’intelligence collective, ou de courage, en ne voulant pas voir le changement des consciences. Il ne faut plus essayer de faire croire que le politique a réponse à tout et qu’il peut tout faire.

On ne peut le dire dans des mots plus clairs : le pouvoir politique est moins puissant qu’il ne veut le faire croire. Cette puissance d’antan n’est plus et ne sera jamais plus : il faut l’oublier. Oui, le pouvoir politique est impuissant. Mais il doit être utile, ou le devenir. Cette redéfinition de sa nature à laquelle il refuse de se préparer, le pouvoir politique va la subir. De gré ou de force.

Le pouvoir politique n’a ni la vocation ni les moyens de faire à la place des citoyens. L’État-providence est un mythe, l’assistanat une légende passée. Le modèle politique du futur est la mise en avant de l’initiative citoyenne. À l’heure de la baisse des moyens de l’État et de la réduction des dotations des collectivités territoriales, nous n’avons plus les moyens de nos ambitions passées. Que l’État crée lui-même de l’emploi, qu’il sponsorise par des artifices et mette sous perfusion des pans entiers de l’économie, qu’il fasse à la place des uns et des autres, tout cela n’est plus possible. L’État n’est pas la mère nourricière qui beurre les tartines et fait les nœuds de ses rejetons. L’État est un grand-frère qui montre, accompagne, conseille et promeut. Il n’est plus question de priver les citoyens des moyens de faire eux-mêmes sous prétexte que c’est le rôle de l’État. Il est urgent d’opérer un changement culturel et intellectuel profond : les Français savent faire, et peuvent faire. Il suffit de le leur dire et de leur en donner les moyens.

En première ligne du bataillon de ceux qui doivent agir comme des facilitateurs, il y a l’élu local. C’est le plus proche des Français, et finalement le seul qui connaisse la « vraie vie ». Ce n’est pas un hasard si l’institution politique qui a le plus la confiance des Français (62 % – page 18) est le Conseil municipal, et le responsable politique qui recueille le plus de soutien, le maire (61 % – page 19). La ville agit comme un facilitateur de projets, initiés par les administrés. L’idée est de leur donner les moyens de se réunir, de créer et de construire ensemble. Et les exemples de mise en pratique ne manquent pas. Il en va ainsi du jardin partagé, qui consiste pour la ville à mettre à disposition d’une association de voisins un terrain cultivable pour un prix symbolique. Aux abords d’une voie de chemins de fer ou sur une parcelle inconstructible, ce système met en valeur le terrain… et les citoyens. Le service est rendu pour un coût dérisoire pour la ville, mais il rapporte énormément en termes de cohésion et de « vivre ensemble » (sans compter l’image de la ville). Il en va de même pour les crèches partagées, où des parents tournent à tour de rôle pour garder les enfants. Coût moindre pour la collectivité, valorisation de chacun : ce sont deux avantages capitaux à faire fructifier.

C’est ici que l’élu local a un rôle majeur à jouer. C’est à lui de prendre le relai d’un pouvoir étatique trop peu concerné et trop déconnecté. Des initiatives de ce type existent dans de nombreuses villes et gagneraient à être généralisées. Mise à disposition de terrains, d’outils, de moyens. Mais aussi organisation de rencontres, de dîners de rue, de manifestations, de promenades, de visites, entre diverses sphères d’une même ville, entre sachants et apprenants, entre cadres exerçant dans une même activité, entre communautés religieuses, entre catégories d’âges. Mélangeons, mixons, cassons les barrières, éliminons les limites. La solution ne peut plus seulement venir du pouvoir politique, elle doit aussi venir du citoyen. Il appartient au premier d’aider le second, pas de se substituer à lui. Quelle meilleure solution que celle trouvée par ceux auxquels les problèmes se posent ?

À côté des économies que ces solutions font faire à la collectivité, on le disait, apparaît une notion qui nourrit ces projets et garantit leur réussite : c’est la solidarité. On la croit disparue du paysage mais c’est elle qui émerge la première dans les situations difficiles. On a pu le constater lors des attentats de janvier par l’immense soulèvement populaire du 11 de ce mois, lorsque le pays connaît un deuil, ou même lorsqu’un pays à l’autre bout de la planète subit une catastrophe naturelle. C’est aussi cette solidarité dont les citoyens font preuve qu’il faut reconnaître et encourager.

Il y a un fossé immense entre l’élu qui s’arc-boute sur ses lubies passéistes et la machine à créer qui n’a pas besoin de bâtons dans ses roues. Il y a une fracture entre l’initiative citoyenne et la puissance éculée du pouvoir politique. Le manque d’ambition de ce pouvoir ne doit pas s’ajouter à son manque de moyens. L’ambition décrite ici est la plus belle et n’est pas neuve, mais c’est aussi sûrement la plus difficile à mettre en œuvre. Elle exige du politique d’accepter de perdre une parcelle de son pouvoir que la réalité lui a déjà ôtée. L’élu qui ne croit pas à ces solutions, soit se ment à lui-même, soit souffre d’une cécité déterminante de son inutilité pour la société qu’il est supposé servir.

Tant que nous, élus, ne prenons pas conscience que nous devons mettre les moyens publics au service de l’ambition des citoyens, nous ne permettrons jamais à la démocratie de regagner la confiance de ceux qui la font vivre. Mais ce changement de conscience doit aussi s’opérer chez ceux qui font la font vivre, cette démocratie. Le citoyen ne doit pas rester passif, les élus ne sont pas les seuls à avoir un rôle essentiel à jouer dans la rénovation du régime. Or quelle est l’action du citoyen aujourd’hui ? Il vote, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à blanc. Il vote sans grande conviction, tandis que les cyniques de tous bords forment le vœu malsain que les autres échouent. Le citoyen, spectateur de cette pièce malheureuse, raille et conspue ces élus qu’il critique dans un esprit bien peu citoyen. Être citoyen, c’est cela que nous devons devenir. Le peuple ne peut plus être le critique schizophrène d’un système qu’il met lui-même en place.

Mettre le citoyen au cœur de l’action publique, avec notamment les élus locaux, et exposer ainsi à chacun les responsabilités qui sont les siennes. C’est l’alliance de ces deux (r)évolutions qui fera fonctionner notre démocratie. Tous les citoyens doivent se mettre au travail, les électeurs comme les élus. C’est pour toutes ces raisons que je lance aujourd’hui cet appel : « Aux actes, citoyens ! »

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