En passant

« Les Républicains », une défaite de la droite française

Aujourd’hui se tenait le congrès fondateur de « Les Républicains ». À lire les retours dans la presse et sur les réseaux sociaux, l’ambiance n’a pas été au top pour tout le monde. Micros coupés pour certains, MM. Juppé et Fillon hués, ces débordements auraient dû être stoppés par le président du mouvement, M. Sarkozy. Mais voilà, ce dernier, tout occupé qu’il était à savourer sa victoire, a oublié de rappeler ses partisans à la courtoisie la plus élémentaire.

Tout cela est annonciateur du pire : le mouvement qui est né aujourd’hui n’est pas un mouvement de droite, c’est un mouvement sarkozyste. « Les Républicains » ne sont pas un parti de droite, au service d’idées et d’ambitions communes, c’est un parti personnel au service d’un seul homme. Là où l’UMP était une fédération de plusieurs courants, des humanistes aux gaullistes en passant par les libéraux, l’ambition du nouveau parti est très claire : pas de courants, que des « républicains ». Comprendre : que des sarkozystes.

Le mouvement achève ainsi sa novation entreprise lentement depuis que M. Sarkozy en a pris la tête il y a 10 ans. Le culte du chef a mené la droite à sa perte. Or cela deviendra à terme un problème pour M. Sarkozy qui continue de réduire sa base militante aux sarkozystes. Il les voit aujourd’hui nombreux et actifs, et espère que ça dure. Mais lorsqu’il aura épuisé tous les autres qui se seront écartés de ce noyau dur, ses forces seront réduites. L’adhésion à son égard se fait sur sa personne, sur son style. Son rejet aussi. Ses concurrents, de droite comme de gauche, n’auront qu’à faire la même campagne que Hollande en 2012 pour le vaincre. Pour combattre cet effet, M. Sarkozy a décidé de se donner l’image du rassembleur.

Le rassemblement, M. Sarkozy y a un intérêt certain – celui de déjouer l’image expliquée ci-avant. Mais son manque de self contrôle l’amène à faire des choses contraires à cette stratégie politique. La dernière fois que M. Juppé avait été sifflé devant M. Sarkozy – dans un meeting de « Sens commun » à Bordeaux (!) – ce dernier avait tôt fait de corriger le tir. Aujourd’hui, en souriant devant ces sifflets, il ne se rend même plus compte de son erreur. À force de faire le ménage autour de lui et d’évacuer ses potentiels rivaux, M. Sarkozy croit s’assurer d’être le seul en position de concourir en 2017. Il dispose de surcroît d’un appareil solide – mais très endetté – qui lui donne un avantage non négligeable mais peut-être inférieur à ce qu’il croit. La réponse des concurrents à cette prise en otage du parti est simple : puisque Sarkozy verrouille, on va créer autre chose.

Ainsi procède M. Juppé qui lance en ce moment sa campagne sur le modèle d’une start-up. Les moyens humains et matériels sont limités mais la détermination est là. Il faut bien dire qu’il est très confortable d’agir au sein d’une telle structure : la pesanteur hiérarchique y est moindre, tout va plus vite. C’est également plus confortable intellectuellement puisque le carcan imposé par l’idéologie officielle du parti n’existe pas. Cette nouvelle forme d’action, obligée par la force des choses de se développer hors des structures ordinaires, est destinée à croître. La primaire de 2016 sera ainsi le match d’un parti, celui de M. Sarkozy, contre des structures plus artisanales – celles des autres candidats. Cela fait une différence notable avec le PS qui, lors de sa primaire, avait su faire évoluer en son sein diverses candidatures. Cela sans doute parce que le PS n’a jamais entretenu le culte du sauveur (peut-être par manque de personnalités adéquates).

Finalement, l’émergence de « Les Républicains » aura fait éclater la droite. On a donc célébré aujourd’hui une victoire de M. Sarkozy mais une défaite de la droite.

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