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Élus et citoyens, le bien-être collectif est l’affaire de tous !

La profusion d’informations au quotidien nous fait parfois manquer des sujets d’importance. Ainsi, vous avez peut-être manqué cette information de Ouest France : la démission de ses fonctions de maire de Jacques Frénéhard, maire de Courgains, une commune de 600 habitants dans la Sarthe. L’information n’est pas anecdotique : elle lève le voile sur un malaise, voire un mal-être, des élus locaux qui devrait alerter chacun d’entre nous.

M. Frénéhard explique son départ par une profonde désillusion. Lassé par l’abandon de l’État, il raconte qu’il aurait aimé être contacté par la préfète pour discuter en amont des raisons de sa démission. L’ancien maire de Courgains est par exemple inquiet de la nouvelle organisation de son territoire : comment défendre ses 600 concitoyens dans une communauté de communes qui compte 30 000 habitants ? Le maire perd peu à peu tous les moyens de remplir convenablement ses missions.

Mais M. Frénéhard a souffert d’un autre manque peut-être plus profond encore : la confiance de ses concitoyens. Il explique ainsi comment il se « ramasse tout ». Le maire devient responsable de tout, surtout de ce qui ne va pas. L’école de son village qui a vu son organisation modifiée pour être conforme aux nouvelles normes a cristallisé l’agressivité de ses concitoyens. Il se développe ainsi une ambiance délétère, une quasi défiance des habitants en colère qui se retournent vers la première autorité constituée. Paul Martinez, maire de Buchelay, citant le Président Larcher, rappelait il y a quelques jours que « un bon élu doit être à portée d’engueulade de ses administrés ». Mais il doit tout autant être à portée de leurs compliments lorsque cela est justifié.

Le cas de M. Frénéhard est loin d’être isolé. Je rencontrais il y a quelques semaines Freddy Cerda, maire de Gallargues-le-Montueux, une commune de 3 500 habitants dans le Gard. Élu maire en 2014, également chef d’entreprise dans le secteur privé, il m’a dit avoir été surpris par le poids de ses responsabilités. Celui-ci est encore plus important dans les petites communes : le maire est le seul référent, il porte le poids des espoirs de ses administrés qui attendent de lui un dévouement absolu. Mais le retour des concitoyens n’est pas toujours au rendez-vous, comme s’ils n’avaient pas conscience de l’engagement total de leur maire. M. Cerda, comme tous les autres édiles, exerce ses fonctions chaque jour dans le souci du bien des autres, en allant parfois jusqu’à s’oublier soi-même.

Le mal-être des élus locaux est parfois si terrible qu’il conduit à des drames. Notre collègue Jean Roujon, ancien maire de Marvejols (5 000 habitants, Lozère), a ainsi mis fin à ses jours l’année dernière, emporté par une pression insupportable et le manque de soutien dont il a été victime.

Mais il ne s’agit pas ici d’appeler à la compassion populaire et de plaindre des adultes consentants dont on dira qu’ils l’ont bien cherché. Il faut se rendre compte que la détresse des maires est intrinsèquement liée à la vie du pays. Le mal-être des élus locaux n’est que le reflet du mal-être de nombre de nos concitoyens. Il en ressort que le sort des uns ne peut s’améliorer si ce n’est pas le cas de tous : c’est là le propre de la vie en communauté. Les citoyens ont ainsi tout intérêt à s’investir car le bien-être collectif est aussi de leur responsabilité.

Tribune publiée sur Le Nouvel Obs’ le 3 février 2016

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